Pierre Guézénec - Croisière Açores tempête

Pierre Guézénec, l’appel du large

Je m’appelle Pierre, j’ai 25 ans et mon bateau s’appelle Spritz, un Pogo 3 de 6m50. Avec lui, j’ai deux ans pour me préparer à une aventure qui me dépasse autant qu’elle m’attire : traverser l’Atlantique en solitaire pour participer à la Mini Transat.

Rien, dans mon enfance à Grenoble, ne me prédestinait réellement au large. J’étais davantage tourné vers la montagne, la randonnée, l’alpinisme, et tous ces terrains de jeu verticaux qui font battre le cœur de ceux qui aiment se mesurer aux éléments. Pourtant, chaque été, un autre monde s’ouvrait à moi : celui du Morbihan. C’est là, à six ans, que j’ai mis les pieds pour la première fois sur un dériveur. Très vite, la voile est devenue plus qu’une activité estivale. Un espace particulier, comme un refuge mouvant, où je pouvais ressentir une forme de sérénité que je ne trouvais nulle part ailleurs.

Aujourd’hui encore, dès que je suis sur un bateau, quel que soit le temps, je me sens parfaitement calme. La mer ne m’apaise pas parce qu’elle est douce mais parce qu’elle impose une relation directe avec quelque chose de plus fort que soi. Je sais que je ne peux pas maîtriser les éléments, mais je peux négocier avec eux, m’adapter, comprendre, composer. Ce dialogue permanent est devenu une forme d’équilibre intérieur.

Le déclic, lui, est arrivé entre Lorient et les Açores. C’est là que j’ai croisé des Minis pour la première fois, lors d’une étape de la SAS. Leur apparence m’a immédiatement frappé : étraves rondes, voilures disproportionnées, allure de petites coques de noix prêtes à défier des vagues de six mètres. Il y avait quelque chose de mystérieux, presque absurde, dans cette disproportion. En m’y intéressant de près, j’ai découvert que ces bateaux demandaient une finesse technique remarquable, et une confiance absolue entre le skipper et le pilote automatique. Une relation presque intime. Cette idée m’a fasciné. C’est exactement là, au milieu de l’Atlantique, que le projet Mini Transat est né pour moi.

Mes valeurs – la liberté, le dépassement de soi, l’humilité – trouvent toutes leur place dans ces aventures. Autant en montagne qu’en mer, il y a cette dualité qui me passionne : pourquoi s’imposer froid, fatigue, douleur, solitude, alors que rien ne nous y oblige ? Peut-être parce que le bonheur ressenti à l’arrivée n’a de valeur qu’à travers l’effort consenti. La plénitude ne se gagne jamais gratuitement.

Spritz, mon Pogo 3, s’est imposé naturellement. Un bateau marin, fiable, quo m’a déjà emmené en course lors de la Puru Transgascogne en double. Je ne le connais pas encore totalement, mais j’ai hâte d’apprendre à lire ses réactions, de le personnaliser, d’en faire un véritable compagnon d’aventure.

À côté de tout cela, je suis étudiant en droit. Mes études représentent pour moi une autre forme de liberté : celle d’être indépendant financièrement, pour soutenir ma passion et mes ambitions. La préparation, je le sais, sera un long chemin : accepter d’apprendre, de répéter, de faire et refaire les gestes techniques. Le plaisir vient après l’effort, comme toujours.

Ce que je vais chercher avec la Mini Transat, c’est un accomplissement. Une porte d’entrée vers la course au large, peut-être vers une deuxième transat, vers la Class40 ou le Figaro. Au départ, il y aura l’excitation, l’inconnu, l’appréhension. À l’arrivée, j’espère trouver la fierté, le lien renforcé avec mon bateau, et cette communion particulière entre ministes, faite d’entraide malgré la solitude.

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